Fakultät Geistes- und Kulturwissenschaften

Lehrstuhl für Romanische Sprachwissenschaft

Structure du DECA

Le Dictionnaire étymologique des créoles français d’Amérique (DECA) constitue la suite du Dictionnaire étymologique des créoles français de l’Océan Indien (DECOI). Il sera, comme ce dernier, composé de deux parties, Première Partie : Mots d’origine française, Deuxième Partie : Mots d’origine non-française ou inconnue. La macrostructure de la Première Partie est conforme au modèle du FEW en choisissant comme entrées les étymons français, suivis des mots créoles qui en sont issus. Dans la Deuxième Partie, qui contiendra beaucoup de mots d’origine inconnue, nous choisirons une forme créole comme entrée. Avant de présenter les mots créoles, nous citerons, dans la mesure du possible, les attestations du terme dans les ouvrages français de l’époque coloniale : récits de voyage, descriptions de la vie dans les colonies, etc. par exemple :

   

pomme-cannelle, n. f.[1]

♦ Mart.: « La troisiéme espece de Cachiman est le Pommier de canelle. Il ne croît jamais assez pour être mis au rang des arbres, ce n’est qu’un arbrisseau très-peu different des deux premiers pour le bois, la feüille et la fleur. Son fruit n’excéde gueres la grosseur d’un œuf d’oye, ressemble tout-à-fait à une pomme de Pin. La peau qui est de l’épaisseur d’une piéce de trente sols, est toute partagée ou parsemée de petites écailles tendres, médiocrement élevées, d’un assez beau verd au commencement, mais qui se flétrit à mesure que le fruit approche sa maturité. Le dedans du fruit est presque entierement semblable au Cœur de Bœuf ; ce qu’il a de particulier, est une odeur de canelle, avec une petite pointe de gérofle dont il remplit la bouche. » (Labat 1722/1972-2, 141-142) ; 

♦ Guy. : « GUANABANUS fructu aureo, & molliter aculeato Plu. gen. Pomme de canelle, ou Cachiman » (Barrère 1749, 58) ; « ANNONA (squamosa) foliis oblongis, fructibus obtusè subsquamatis. Lin. Spec. 757. […] Cet arbre est cultivé dans toutes nos Colonies. […] Attier à l’Isle de France ; marie baise, & pomme cannelle à Caïenne » (Fusée-Aublet, Histoire des plantes de la Guiane françoise, 1775, 617) ; 

haï. « La pomme cannelle est de la forme de la pomme de pin, mais verte, et est très-bonne » (Ducœurjoly 1802, 344) ; ponm kanèl ‘kind of sweetsop, sugar-apple’ (HCED) ; gua. ponm-kannèl ‘anone écailleuse, fruit rafraîchissant’ (ABa 149 ; LMPT) ; mart. id. ‘pomme-cannelle, variété d’anone au fruit manchonné qui pousse dans les basses régions sèches’ (EJo 285 ; RCo) ; StLuc. id. ‘sugar-apple’ (KD) ; guy. id. ‘Annona squamosa’ (GMJP 119).

◄ La première description de l’Annona squamosa, originaire de l’Amérique tropicale, se trouve dans l’ouvrage du Père Labat (Nouveau voyage aux isles de l’Amérique, 1722, v. ci-dessus). Très probablement le terme a été créé et diffusé aux Antilles ; il est attesté dans la lexicographie française à partir de 1765 : pomme de cannelle ‘anone’ (Enc 1765–Lar 1874) (FEW 9, 155a). Fusée-Aublet observe que « cet arbre est cultivé dans toutes nos Colonies », la désignation ponm kanèl, connue aussi en réunionnais et seychellois, peut donc être classifiée parmi le « vocabulaire des Isles » transmis des colonies américaines à celles de l’océan Indien (cf. Chaudenson 1974, 591-632 et Bollée 2011a, 53-54 et Bollée sous presse).

 


[1] Signes utilisés : ♦ et abréviation avec majuscule : mots attestés dans des textes français ; ◄ étymologie ; gua. = guadeloupéen, Guy. = Guyane, guy. = guyanais, haï. = haïtien, Mart. = Martinique, mart. = martiniquais, StLuc. = créole de Sainte-Lucie. Pour les références bibliographiques v. la bibliographie provisoire du DECA.